
Présence
On perd des heures on perd des jours on perd des nuits
On ne fait pas d’œuvre
On ne fait pas œuvre en prétextant que l’on s’ennuie
Prétextant que l’on fait rien ou pas grand-chose
Que d’une chose à l’autre on n’arrête pas
L’agitation nous poursuit
Profitons-nous vraiment de ce confinement ?
Le temps est-il vraiment notre ennemi ?
Les journées sont longues parce que sans distances
Les bousculades les files d’attente et les trajets c’en est fini
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Hier s’est posé sur le rebord de mon balcon un papillon un seul
Il était content content de savoir qu’il me rendait contente
Il ne se sentait guère menacé
Il ouvrait et refermait ses ailes à son gré par gestes rapides et secs
Le papillon était plus souvent fermé qu’ouvert devenant une proie facile
Je m’approchai de lui pour saisir l’instant dans une photo
Il ne se méfia guère il me laissa faire
Je m’approchai à plusieurs reprises car je cherchai à capter les mouvements d’ouverture et de fermeture de ses ailes
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C’est l’occasion rêvée pour tous ceux qui courent après le temps
Tous ceux qui voient filer leurs heures tous ceux qui se morigènent du manque de loisir
Les voilà aujourd’hui les voilà confrontés à leur paralysie dont personne n’est l’auteur
Ce n’est pas au dehors que le problème réside
Ce n’est pas du dehors que viendra la solution
Les voilà confinés seuls avec eux-mêmes seuls en eux-mêmes
Privés de libertés certes mais maîtres de leur temps
À peine croyable qui n’en a pas rêvé ?
Empêchés oui mais libérés de plusieurs contraintes
Les conditions ne sont-elles pas réunies ?
Le temps ennemi fait une trêve se rattrape
Il propose sa compagnie
Comme il est dur de perdre ses habitudes !
Comme il est peu loyal d’en changer !
Comme il est aisé de traîner un alibi !
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Un moment le papillon s’envole
Ça y est il en avait fini avec le rebord de mon balcon
Je rentre et je range mon iPhone
Au moment où je referme la fenêtre
Je le vois revenir
Je ressors je rallume mon appareil
Il se prête à une danse que je filme
Puis la chasse change de camp
Il se met à faire des poses à me taquiner à chercher mon regard à chercher jusque mon souffle...
Il voulait que je l’immortalise
Sa vie ne sera pas bien plus longue que ça il le sait
Alors prendre le temps à faire la roue ça lui plaît
On aurait dit qu’il avait compris
Il voyait en moi
Depuis le temps je le jure j’ai changé
Et de mémoire de papillon
Il oublia ce printemps où il finit épinglé dans une boîte de collection d’insectes
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La boîte, espace de nos pas comptés en minutes lentes
Avec ou sans grâce
la ligne continue nous dessine en ses points et nous désigne notre destin
Parfum sans trace sans retour sur les choses
L’espoir n’est jamais du côté du passé
Regarde-le
Là devant toi
Envisage-le
Il est là
Envisageons la vie
Démasquée